Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager


Jnan Harti


L’actuel Jnan Harti n’apparaît véritablement sur les plans de Marrakech du Guide Bleu que dans l’année 1930, donc peu après sa création. Il occupe actuellement six hectares. En réalité, ce nom est un pluriel, « janân al-harthî », littéralement, les « jardins de ma terre labourée ». Ce nom fut autrefois orthographié « Hartsi » en raison d’une transcription fautive au Maroc, mais conforme à une prononciation qui existe réellement dans l’ouest algérien et dans ce qui demeure des dialectes pré-hilaliens citadins.


Jnan Harti

Le jardin dans son environnement

Il n’a, à l’origine, pas du tout sa taille actuelle car toute la partie du jardin actuellement située au nord-est derrière la porte principale qui donne sur l’actuelle Place du 16 novembre, autrefois du 7 septembre, date de l’entrée de la ville de Marrakech dans l’espace sultanien après la défaite d’El Hiba. Cette place était alors dédiée à la Foire printanière annuelle de Marrakech.
Par la suite, dans l’espace de l’ancienne foire, ont été construits, de façon plus ou moins légale, des logements, des salles de sport ou des centres de formation. Peu à peu, au fil des années, les anciens stands d’exposition, de plus en plus vétustes, ont été transformés en sièges d’association ou ont également été squattés par des sans-abri. Aussi les organisateurs de manifestations commerciales prirent l’habitude de présenter leurs marchandises dans des stands plus légers, ce qui abîma la végétation jusqu’au déménagement récent de ces manifestations sur la place du 16 novembre à l’extérieur du jardin.
Le jardin n’était alors que le terrain qui entoure le pavillon de musique, premier équipement du lieu, c’est-à-dire entre l’actuelle rue du Qadi Ayad (jadis rue Djenan al-Hartsi avant de devenir en 1925, après le départ de Lyautey, rue du Docteur Madeleine) et ce qui fut la rue Jnan Harti, une rue perpendiculaire à l’ancienne rue Djenan al-Hartsi, dont le nom est devenu dans les années 1960 avenue du président J.-F. Kennedy.

Plus au sud, se trouvait un seul terrain de sport qui précéda donc les deux terrains actuels du Kawkab avant le nouveau terrain situé désormais sur la route de Casablanca au nord de la ville. Mais, on était déjà, comme aujourd’hui, en dehors du jardin du Harti. On note que l’actuelle rue Moulay El Hassan n’existait pas encore. À l’ouest du jardin, il y avait un autre espace vert dans lequel se trouvait le vélodrome. Puis au-delà de la virtuelle avenue de France on pouvait voir le champ de courses qui précédaient le futur terrain de camping de la ville. Il y avait ensuite des terrains militaires et le jardin de la Ménara avec sa célèbre autrucherie dont témoignent de nombreuses cartes postales de l’époque.

Le plan Washington de la ville de Marrakech réalisé en 1830 semble montrer qu’on serait à un endroit où s’arrêtait autrefois la palmeraie, située au nord du jardin actuel, et où commençaient, vers le sud, des vergers et des jardins extérieurs à la ville. Cette hypothèse peut être validée par l’importance des oliviers gardés en l’état dans ce lieu. On est, en effet, à la limite des espaces irrigués, au sud, par les seguias qui acheminent l’eau des oueds et, au nord, par la zone qui reçoit son eau des galeries drainantes que sont les khettaras. Le plan de Merry y Colom en 1864 esquisse les limites de ces jardins externes. Une photographie aérienne faite avant 1914 montre clairement la végétation dans l’espace du futur quartier.

Entre le jardin de la Ménara, dans le fond, et la porte de Bâb Jdid, ici juste au-dessus du minaret de la Koutoubiyya, on voit la zone irriguée du futur quartier de l’hivernage. Il n’y a aucun palmier dans cette zone. On a aussi gardé, dans l’actuel jardin, un témoin végétal de cette période ancienne. Il s’agit d’un ficus.

Mais d’autres arbres du jardin sont aussi très anciens et ont donc précédé sa création. C’est le cas, en dehors des oliviers, de bigaradiers ou de caroubiers qui ont été gardés par les jardiniers.


Le projet de cité-jardin de Prost

l’apparition du jardin, il exista, de manière virtuelle, dans le plan de Prost et dans les recommandations de Forestier qui venait d’écrire, en 1906, Grandes villes et systèmes de parcs. L’urbaniste Prost fit le second schéma directeur de la ville nouvelle de Marrakech qu’il sépara nettement de la médina. Les militaires, le géomètre J. Raynaud l’a dressé le premier sous l’autorité du Capitaine Landais, chef des services municipaux avaient, en effet, déjà dessiné l’esquisse de la future ville du Guéliz et ils avaient déjà décidé de protéger les jardins situés au sud de la ville nouvelle dont le Harti. Prost pratiqua, en raison de choix modernistes explicites, un zoning car, outre la ville du Guéliz, il imagina, plus au sud, une cité-jardin, l’hivernage, destinée également aux loisirs avec ses terrains de sport, son vélodrome et son champ de course et à l’ouest, un quartier industriel au sud de la nouvelle gare dont la pollution ne pourrait atteindre la ville nouvelle ou la médina.

On a alors une grande surprise, quand on regarde l’original du plan de Prost, de constater que le jardin du Harti occupe, dans ce projet initial, la plus grande partie du quartier de l’Hivernage. Il s’étendait jusqu’à l’actuelle avenue de Paris.
Si Forestier conseille, de créer au sud-ouest de la place appelée plus tard place du 16 novembre, le jardin public de la ville nouvelle, c’est qu’il y avait déjà là, antérieurement, un jardin et verger destiné à produire de la nourriture, ce qu’on appelle, justement, un jnan comme on trouvait, plus à l’ouest, un autre verger remarquable, celui de la Ménara.
Le premier plan du jardin du Harti garde le tracé d’origine de l’ancien verger. C’est ce qui explique les allées rectilignes. On reconnaît encore aujourd’hui l’ancienne division en carrés du verger originel. Très tôt la partie méridionale du terrain, un immense rectangle, fut découpée avec un terrain privé au nord-est, les terrains sportifs, au-delà d’un mail, au sud, et l’espace destiné à la foire.
Le jardin du Harti fut le seul réalisé en ville nouvelle durant la période du Protectorat car Zaborski transforma, entre 1924 et 1927, l’arsat Moulay Abdesslam également en jardin public mais dans l’espace de la médina. Au même moment, le jardin de la Mamounia était réorganisé sous l’égide d’Audisio et de Prost, ce chantier étant terminé en 1924.


La création du jardin

Le Harti fut construit un peu plus tard au début des années 1930. Il exista initialement selon le plan conçu par Prost. Si on regarde le plan de Marrakech en 1936, on voit qu’il s’étend surtout au sud du stade et non au nord comme actuellement. La situation antérieure est donnée par le Guide Bleu de 1936 qui montre les premiers équipements du quartier, le stade de 20 000 places et la pépinière de la ville située au sud du jardin public.

Curieusement, le plan du même Guide Bleu de 1930, soit six ans plus tôt, donne une image postérieure de l’aménagement du jardin. On y voit l’emplacement de la foire et celle du kiosque à musique. Image qui est confirmée dans un autre plan datant de la même époque.
Le quartier de l’Hivernage ne comprend alors que très peu de bâtiments bâtis. On voit, cependant dans la partie nord, l’emplacement du grand bassin avec des allées qui ne sont pas les allées principales d’aujourd’hui. Sans doute sont déjà présents dans cet espace initialement marocain, d’autres équipements européens, l’entrée du jardin, le jet d’eau central, les bancs, la roseraie, les pergolas et l’espace pour les enfants ou le kiosque à musique.
Cet équipement évolua peu. Le seul changement notable fut l’apparition, dans l’espace destiné aux enfants, de dinosaures géants.

Le grand bassin se nomme bassin des phœnix. Il mesure une centaine de mètres. Il est en forme de croix. Et l’on peut y voir de nombreux jets d’eau. Les bancs sont en bois et fer forgé. Ils sont occupés très tôt le matin, dès l’ouverture à 8 heures. Certains lycéens viennent y relire leurs cours. D’autres personnes y parcourent le journal ou simplement regardent les plantes de cette oasis de verdure ou écoutent les oiseaux à quelques mètres du vacarme de la ville. Les inscriptions qu’on trouve sur ces bancs montrent bien leur appartenance à un espace de découverte des sentiments amoureux, ce qui est une fonction essentielle du jardin, du moins à certains moments de la journée, espace de retrait par rapport à la place du 16 novembre avec ses gradins, sa fontaine lumineuse et ses grands espaces permettant des rencontres.

L’espace dédié aux enfants comporte des toboggans, tape-cul, bac à sable et balançoires. D’autres espaces sont plus spécifiquement pensés pour des adolescents. Le fait d’avoir cimenté les allées permet aussi aux enfants de faire de la trottinette, du vélo ou, de plus en plus, du skate ou du patin à roulettes.
Toutefois, comme dans l’ancien jardin Majorelle, un signe non pas d’arabisance, mais de «berbérisance» fut ajouté à cet espace. Il s’agit de tours isolées semblables aux tours de surveillance des jardins des oasis des vallées présahariennes. Ces tours servent aujourd’hui de nichoirs à pigeon, mais elles eurent un sens symbolique jadis. Elles servaient à la fois à dépayser les Européens de passage tout en étant placées dans un espace familier par ses pelouses et ses massifs de fleurs inconnus des jardins marocains de l’époque. On pouvait éprouver le frisson de l’altérité dans une totale sécurisation. On est alors dans un espace transitionnel.
Mais si ce jardin est remarquable, c’est dans sa végétation. Dès sa création, il est un espace mixte, méditerranéen par sa végétation, oliviers, agrumes ou ficus, européen par ses pelouses et ses arbustes de bord d’allées, par la conception de ses massifs de fleurs également. La plantation des palmiers est récente.
La communauté urbaine de Marrakech en partenariat avec l’AIMF (association internationale des maires francophones) qui avait tenu quelques années plus tôt un Colloque à Marrakech les 6 et 7 mars 1997, a décidé en 2002 de faire appel à des pépiniéristes et horticulteurs pour reboiser et replanter les espaces de ce jardin qui, faute d’entretien suffisant, était devenu très vieillot. Il fut d’abord demandé un relevé phytosanitaire des plantes et de leur état de santé, ce qui fut réalisé par le service des Plantations. Cette étude montra la richesse botanique du site. On a décidé ensuite de faire partir du jardin tous ses occupants ainsi que tous ceux qui en avaient grignoté l’espace à l’exception de deux logements privés et du siège d’une association de football. Sinon, tout le reste fut détruit sauf le conservatoire et le kiosque à musique, deux constructions qui avaient un intérêt architectural.
On interdit les présentations commerciales de jadis.
La conception de l’organisation nouvelle de Jnan Harti a été confiée à l’architecte Souad Belkziz qui en dressa les nouveaux plans.
Le chantier fut organisé en trois étapes. Le premier concerna le génie civil. Les travaux consistèrent à :
lDémolir les bâtiments sans intérêt,
lIntégrer les constructions architecturales au jardin,
lDiminuer de moitié la surface des aires goudronnées,
lMettre en place un réseau d’arrosage et réalimenter deux fontaines,
lRemettre en état la clôture,
lImplanter des bancs et corbeilles à papier,
Une nouvelle proposition d’aménagement élaborée par une équipe des Parcs et Jardins de la mairie de Paris et acceptée par la ville de Marrakech a fait évoluer le projet vers une restructuration complète du jardin avec la création d’une allée monumentale, la restauration des constructions remarquables et la reconstruction de la clôture.
Le second chantier fut celui de l’éclairage. Ces deux premiers chantiers furent pris en charge par la Communauté urbaine de Marrakech pour un coût global de quatre millions de dirhams. Le troisième chantier, d’un coût de deux millions de dirhams (162 000 euros sur 418 000), le chantier des plantations, fut assuré par l’Association des maires francophones utilisant les services des paysagistes de la mairie de Paris, sous la direction de Raymond Lebret.
On décida donc la mise en valeur des deux entrées principales du jardin, avec la restauration des portiques, l’interdiction du stationnement aux abords des portails et la plantation de plantes grimpantes adaptées à la hauteur de ces structures par la plantation de bougainvilliers.
Il fut initialement décidé de rendre l’accès au jardinpayant. Ce ne fut finalement pas le cas. Le chantier fut achevé en 2004.
Récemment, lors de la restauration, on a décidé de mettre de nombreuses explications tout au long des cheminements. Aussi parle-t-on parfois de « jardin botanique » pour désigner le Harti. La pépinière permet de découvrir des dizaines d’arbres, d’arbustes, ou de fleurs jadis absents de cet espace. On voit aussi des glaïeuls et des fleurs des champs. On voit maintenant des plantes importées d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine. Selon Mohamed Zaghloul, ce jardin possède aujourd’hui un circuit botanique, et il peut désormais servir aux chercheurs, aux universitaires, aux écoles de formation et à tous les amateurs comme aux professionnels.
Il y a aussi, fait nouveau, un ensemble des cactées : Échinocactus, Epithelantha, Ferocactus, Notocactus, Opuntia, Stenocereus, Aloe, Agave, Euphorbia, Pedilanthus, Rhytidocaulon qui était absent autrefois.

Cet espace peut avoir aujourd’hui de nouvelles fonctions. On a pu ainsi y voir une exposition de peintures avec Exposition du grand Maghreb à laquelle participa, par exemple, Youssef El Kahfaï. Le Festival des Jardins utilisa aussi cet espace dès sa première édition en 2007.
Aujourd’hui, ce jardin marque toujours l’entrée d’un quartier où prédominent les espaces verts.


Magazine | Actualités | La Fondation | Vidéo | Soir de Marrakech | SHOWROOMS | Parfums | Parfumeur | Parfums sur mesure | Collections privées